Le forum de l’ECOSOC sur le financement du développement, qui s’est tenu à New York, s’est achevé sans grand résultat pour les pays du Sud. Ils espéraient une avancée concrète sur la dette. La déclaration finale ne leur a pas donné satisfaction.
Pour rappel, en juillet 2025 à Séville, les États s’étaient pourtant convenus de lancer un processus intergouvernemental pour réfléchir à la viabilité de la dette. L’idée était de construire quelque chose de plus structuré au niveau international. Ce rendez-vous de 2026 devait faire avancer ce chantier. Mais dans le texte final, cette dynamique est à peine visible. Et surtout, aucune mention d’une convention-cadre des Nations Unies sur la dette souveraine, une proposition portée par le Groupe africain et l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS). Pour les délégations du Sud, c’est un problème. Elles estiment que ce qui avait été dit à Séville devait se traduire par un calendrier précis dès 2026. Sans échéance, les engagements restent du vent.
Au-delà de cette déception, les discussions ont fait ressortir un mécontentement plus profond. Le FMI est régulièrement critiqué, en particulier pour ses politiques d’austérité. Les pays qui reçoivent son aide doivent couper dans leurs dépenses, souvent au moment même où ils subissent une crise économique, climatique ou sanitaire. Pour beaucoup, le problème n’est pas seulement le FMI. C’est toute l’architecture financière mondiale qui ne tourne pas rond. Elle n’est pas faite pour répondre aux chocs d’aujourd’hui, ni pour soutenir durablement les économies les plus fragiles. Dans ce contexte, l’idée de suspendre la dette refait surface régulièrement. Les pays frappés par une catastrophe majeure, disent-ils, ne devraient pas être obligés de rembourser comme si de rien n’était.
Autre réalité qui a été rappelée : de plus en plus de pays s’endettent juste pour faire face à leurs besoins courants. Parfois pour payer leurs fonctionnaires ou faire tourner leurs hôpitaux. L’aide publique au développement baisse, alors ils empruntent, souvent à des conditions très défavorables. Les marges budgétaires se rétrécissent. Les besoins, eux, restent énormes. Ce cercle vicieux, certains l’appellent la spirale de l’emprunt. Le rôle des agences de notation a été évoqué. Leurs décisions peuvent dégrader la note d’un pays du jour au lendemain, ce qui rend l’emprunt encore plus cher. De plus en plus de voix soutiennent l’idée d’une agence africaine de notation, pour sortir d’un système qui ne tient pas assez compte des réalités locales.
Les discussions ont aussi rappelé une évidence : les pays africains empruntent beaucoup plus cher que les pays riches. Ce n’est pas nouveau, mais l’écart continue de creuser les inégalités. Pourquoi ? Parce que les règles du jeu sont écrites par les économies avancées. Ceux qui subissent le plus ces règles n’ont quasiment pas leur mot à dire. D’où l’idée, défendue par plusieurs délégations, de déplacer une partie des négociations vers les Nations Unies. L’ONU, au moins, est un espace où tout le monde a une voix, même si elle est souvent affaiblie.
Joe Bait
