Un arrêté ministériel signé par la ministre des Affaires foncières O’Neige N’Sele Mimpa vient de bouleverser le paysage foncier de la République Démocratique du Congo. Le gouvernement a officiellement déclaré d’« utilité publique » un vaste périmètre de plus de 43 000 hectares situé dans la commune de Maluku, à l’est de Kinshasa ouvrant la voie à l’expropriation légale des terres concernées au nom de l’extension de la capitale.
Un projet urbain d’envergure inédite
L’arrêté ministériel n° 116/CAB/MIN/AFF.FONC/ONM/jna/2026, daté du 20 avril 2026, subdivise le périmètre en huit zones distinctes : une zone industrielle I de près de 7 592 hectares, une trame verte de 2 823 hectares, une zone d’aménagement urbain de plus de 18 684 hectares la plus étendue du dispositif, une base logistique, une réserve pont-route-rail, une zone marina, une zone agricole et une seconde zone industrielle. Au total, des dizaines de villages répartis dans les groupements Nguma et Kingakati sont directement concernés par cette mesure.
L’objectif affiché est clair : décongestionner une mégapole de plus de 17 millions d’habitants, étranglée par une croissance démographique que les infrastructures actuelles ne parviennent plus à absorber. Le projet entend créer un nouveau pôle de développement intégré, articulant logements, industries, agriculture et transport.
Kingakati au cœur de la controverse
Parmi les terres visées figure le domaine de Kingakati, ancienne propriété emblématique associée à l’ex-président Joseph Kabila. Seul le village Bita, situé à 18 kilomètres du Parc de la Vallée de la N’Sele, est formellement inclus dans le périmètre de l’arrêté pour ce groupement. La direction du parc a d’ailleurs tenu à rassurer le public dans un communiqué : la réserve naturelle protégée n’est pas affectée et reste ouverte les week-ends et jours fériés.
Il n’empêche : l’inclusion, même partielle, du secteur de Kingakati dans ce dispositif d’expropriation est perçue par une partie de l’opinion publique comme un acte politique fort une reprise symbolique d’un patrimoine longtemps associé à l’ancien chef de l’État, dans un contexte de tensions persistantes entre les camps Kabila et Tshisekedi. L’entourage de l’ex-président n’avait pas encore réagi au moment de la publication de cet article.
Cadre légal et mise en œuvre
Sur le plan juridique, l’arrêté s’appuie sur plusieurs textes fondamentaux, dont la loi du 22 février 1977 sur l’expropriation pour cause d’utilité publique et la loi n° 25/062 du 30 décembre 2025 portant réforme du régime foncier et immobilier. Le Secrétaire général aux Affaires foncières, le Conservateur des Titres Immobiliers et le Chef de division du Cadastre de Maluku sont chargés de l’exécution du texte, chacun dans son domaine de compétence.
Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation foncière engagée par l’administration Tshisekedi, dont le Comité stratégique pour la supervision du projet d’extension de Kinshasa le CSSPEVK constitue le bras opérationnel depuis sa création en 2023.
La mise en œuvre concrète du projet, notamment les modalités d’indemnisation des propriétaires et exploitants actuels, sera déterminante pour mesurer la portée réelle de cet arrêté et pour jauger les résistances qu’il ne manquera pas de susciter sur le terrain.
Winny Bakajika
