RDC : vers l’intégration du récit Genocost dans l’enseignement national

La République démocratique du Congo engage une nouvelle étape dans la construction de sa mémoire collective à travers l’intégration progressive du narratif « Genocost » dans les programmes scolaires. L’initiative, portée par la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (Ciavar), structure rattachée à la Présidence de la République, s’inscrit dans un vaste chantier de réforme de l’éducation à la citoyenneté et de consolidation de la mémoire nationale, avec l’appui du Fonds national des réparations des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).

Au cœur du dispositif, un atelier national réunit inspecteurs, formateurs et experts pédagogiques chargés de concevoir les premiers outils d’enseignement destinés aux niveaux primaire et secondaire. L’objectif est de constituer un noyau national de formateurs capables d’assurer la diffusion progressive d’un contenu pédagogique structuré autour de la mémoire des violences, de la citoyenneté et de la résilience, dans une logique d’harmonisation du récit éducatif.

Les travaux ont été lancés par le vice-ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Théodore Kazadi, qui a donné le ton d’une réforme qu’il inscrit dans une perspective historique plus large de transformation du rapport du pays à son passé.

« Nous ne sommes pas dans une simple réforme des contenus scolaires. Nous sommes dans la construction d’une mémoire nationale partagée, capable de parler à toutes les générations », a-t-il déclaré, soulignant que l’école doit désormais être pensée comme un espace central de transmission de la conscience citoyenne.

Dans le même esprit, il a insisté sur la portée symbolique et politique du projet. « La lutte contre l’oubli n’est pas un choix, c’est une exigence nationale si nous voulons construire une citoyenneté solide et responsable », a ajouté le vice-ministre lors de la cérémonie d’ouverture.

Le concept de « Genocost », contraction de « génocide » et « coût », s’est progressivement imposé dans le débat public congolais pour désigner les violences de masse, les crimes et les destructions humaines et économiques liés aux conflits armés, notamment dans l’Est du pays. Son intégration dans le système éducatif marque une tentative de structuration d’un récit national commun, dans un contexte où les lectures de l’histoire récente restent encore fragmentées.

Historiquement, la mémoire des violences en RDC s’est construite en dehors de l’école, portée par des organisations de la société civile, des chercheurs, des survivants et des initiatives internationales. L’entrée de ce récit dans l’enseignement officiel traduit donc un déplacement majeur : celui du passage d’une mémoire portée par les acteurs sociaux à une mémoire institutionnalisée par l’État.

Pour la Ciavar, cette dynamique dépasse la seule dimension pédagogique. Elle s’inscrit dans une mission plus large de réforme et de réparation symbolique. « L’enjeu n’est pas seulement de transmettre des connaissances historiques, mais de permettre aux jeunes générations de comprendre les mécanismes des violences passées afin de renforcer la conscience citoyenne et prévenir leur répétition », explique François Kakese, coordonnateur de la structure.

Selon lui, ce travail s’inscrit pleinement dans la feuille de route des réformes prévues à l’horizon 2026, où la mémoire nationale est appelée à devenir un pilier de la reconstruction sociale et institutionnelle.

Le Fonds national des réparations des victimes (FONAREV), associé au processus, inscrit également cette initiative dans une logique de justice réparatrice. Pour un représentant de sa direction générale adjointe, la dimension éducative est indissociable de la reconnaissance des victimes.

« On ne peut pas parler de réparation sans mémoire. Intégrer ces récits dans l’éducation, c’est aussi reconnaître la souffrance et lui donner une place dans la conscience collective », souligne-t-il.

Au-delà des outils pédagogiques en cours d’élaboration, notamment des guides et fiches de cours adaptés aux différents niveaux, le programme prévoit également la mise en place de clubs citoyens dans les établissements scolaires. Ces espaces devraient permettre de prolonger la réflexion sur la mémoire, la citoyenneté et le patriotisme, dans une dynamique de participation des élèves à la vie civique.

Dans un pays où l’histoire des conflits récents reste encore l’objet de débats sensibles, cette réforme éducative ouvre un chantier plus large : celui de la construction d’un récit national partagé. En plaçant l’école au centre de ce processus, les autorités entendent faire de la mémoire un outil de cohésion plutôt qu’un champ de fragmentation.

À travers la Ciavar, structure rattachée à la Présidence de la République et chargée de l’accompagnement des réformes liées à la prise en charge des victimes et à la consolidation de la mémoire, l’État congolais poursuit ainsi un double objectif : inscrire durablement la question des violences passées dans le champ institutionnel et renforcer les bases d’une citoyenneté fondée sur la reconnaissance, la transmission et la responsabilité collective.

Joe BAIT

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *