Nairobi Le 26 Août, La sixième édition de la Conférence africaine sur la dette et le développement (AfCoDD VI) s’est ouverte au Radisson Blu d’Upper Hill à Nairobi, sous la bannière stratégique : « De la fragmentation à l’influence : faire progresser la Position commune africaine sur la dette ». Co-organisé par l’African Forum and Network on Debt and Development (AFRODAD) et le Tax Justice Network Africa (TJNA), aux côtés d’une puissante coalition d’acteurs de la société civile dont Oxfam et Transparency International, ce sommet de trois jours rassemble dirigeants politiques, experts financiers et mouvements citoyens sous le signe d’une maturité institutionnelle inédite, marquée par le passage des simples doléances à l’exigence de réformes structurelles contraignantes.

L’événement intervient quelques mois seulement après l’adoption historique de la Position commune africaine sur la dette par l’Union africaine en février 2026, transformant ces assises en un laboratoire opérationnel destiné à matérialiser le concept d’« Africa Rule Maker », où le continent cesse de subir les conditions de ses créanciers pour dicter ses propres règles de financement du développement et redéfinir les règles du jeu financier mondial.Ouvrant les travaux de ces assises, Barbara Kalima-Phiri, présidente du conseil d’administration d’AFRODAD, a immédiatement dénoncé les disparités structurelles qui gangrènent le marché mondial des capitaux, rappelant que les nations africaines continuent d’emprunter à des taux punitifs frôlant les 10 % contre moins de 3 % pour les pays occidentaux.

Ce traitement asymétrique, souvent exacerbé par des évaluations subjectives des agences de notation, asphyxie les budgets publics et impose de cesser d’urgence les réformes cosmétiques qui ne font que perpétuer un cycle d’extraction des richesses continentales. Cette exigence de dignité et de souveraineté économique trouve un écho direct dans la vision de Diana Gichengo, directrice exécutive de The Institute for Social Accountability (TISA). Prenant la parole au nom des partenaires de la société civile, elle a exhorté le continent à abandonner définitivement la posture de victime passive des crises multiformes ou de la malnutrition pour affirmer une victoire économique partagée, ancrée dans la responsabilité collective et l’audit citoyen des fonds publics.Le débat technique s’est prolongé autour des analyses du Dr Margaret Nyakang’o, contrôleur du budget du Kenya, qui a mis en exergue l’impératif pour les administrations publiques de basculer d’une gestion passive axée sur la seule « soutenabilité de la dette » vers une dynamique rigoureuse de « productivité de la dette ».

Pour opérationnaliser cette transition, les délégations ont tracé des solutions endogènes concrètes, combinant la création d’un club de pays emprunteurs africains pour peser face au Club de Paris, l’élaboration d’une convention-cadre de l’ONU sur les dettes souveraines, la mobilisation agressive des ressources domestiques et le développement de marchés obligataires profonds en monnaies locales afin de briser la dépendance aux devises étrangères.C’est sur cette convergence d’objectifs que Janet Zhou, directrice exécutive d’AFRODAD, a projeté les ambitions futures de la coalition tout en célébrant le 30e anniversaire de l’organisation. Elle a rappelé que l’efficacité opérationnelle de la Position commune dépendra de la capacité des mouvements civils et des gouvernements à faire front commun pour imposer ces alternatives fiscales et monétaires sur la scène mondiale. À Nairobi, les bases de l’AfCoDD VI sont ainsi posées : l’Afrique n’est plus seulement assise à la table des négociations, elle réécrit les règles du jeu pour protéger son avenir économique et social.
Joe Bait
