Nairobi, Kenya, Journalistes, experts économiques, représentants de la société civile et acteurs de la gouvernance financière venus de plusieurs pays africains se réunissent depuis ce mardi dans la capitale kényane à l’occasion de la sixième édition de l’AFRODAD Media Initiative (AFROMEDI VI), une plateforme devenue au fil des années un espace stratégique de réflexion sur la dette africaine, la justice économique et la gouvernance financière du continent.
Organisée par le Forum et Réseau Africain sur la Dette et le Développement (AFRODAD), cette édition se tient du 27 au 29 mai autour du thème : « Partnering with Media to Advance Socio-Economic Justice and Africa’s Common Position on Debt ».
La rencontre intervient dans un contexte marqué par l’aggravation des vulnérabilités financières de plusieurs États africains. Selon les chiffres évoqués lors des travaux, le stock de la dette extérieure du continent est passé d’environ 1 000 milliards de dollars il y a moins de dix ans à près de 1 860 milliards de dollars en 2024, accentuant les risques de surendettement pour de nombreux pays africains. La première conférence de l’Union africaine sur la dette publique révèle d’ailleurs que plus de vingt pays du continent se trouvent déjà en situation de surendettement.
Au-delà des débats techniques sur les finances publiques, AFROMEDI VI ambitionne surtout de renforcer le rôle des médias africains dans les discussions liées à la dette souveraine, à la gouvernance budgétaire et aux réformes du système financier international.
Depuis son lancement en 2021, l’initiative a déjà formé plus de 600 journalistes issus de 37 pays africains, contribuant à bâtir un réseau continental de reporters spécialisés dans les questions de dette, de fiscalité et de justice économique.

À l’ouverture des travaux, le directeur exécutif par intérim d’AFRODAD, Dr Yungong Theophilus Jong, a insisté sur le rôle stratégique des journalistes africains dans la compréhension et la vulgarisation des enjeux liés à la dette publique.
« Vous êtes ici parce que l’Afrique a besoin de journalistes qui comprennent ce qui est en jeu et qui ont le courage de le dire clairement à leur public. Non pas comme un messager, pas comme un micro mais comme quelqu’un capable de prendre un sujet complexe, opaque, profondément important et le rendre humain, visible et impossible à ignorer », a-t-il déclaré.
Pour le responsable d’AFRODAD, la dette ne peut plus être traitée uniquement comme une question de statistiques macroéconomiques. Elle produit des conséquences directes sur la vie quotidienne des populations africaines, notamment sur l’accès à la santé, à l’éducation, aux infrastructures et aux opportunités économiques.
« L’Afrique reste un continent qui raconte sa propre histoire, fixe ses propres conditions et tient ses dirigeants et le monde responsables », a-t-il poursuivi, appelant les journalistes africains à rendre visibles les impacts humains des politiques d’endettement.
Dans cette dynamique, AFRODAD a également annoncé le lancement de l’A-CoDD, une nouvelle plateforme de formation consacrée à la dette et au développement, destinée aux journalistes souhaitant approfondir leur couverture des questions économiques et financières.
Les discussions prévues au cours de cette sixième édition portent notamment sur les ressources naturelles adossées aux prêts, les flux financiers illicites, les mécanismes de financement extractif, les contrats opaques ainsi que les impacts socio-économiques des politiques d’austérité.
Présent à la cérémonie d’ouverture, Gibson Mwaita, responsable des programmes de Transparency International Kenya, a estimé que le continent se trouvait aujourd’hui « à la croisée des chemins », confronté à des défis croissants de gouvernance, de dette et de justice sociale.
Selon lui, plusieurs pays africains consacrent désormais davantage de ressources au remboursement de la dette qu’aux secteurs sociaux essentiels comme l’éducation, la santé ou les infrastructures.
« L’Afrique continue de perdre d’énormes ressources à cause des flux financiers illicites, de la corruption, des contrats opaques, de l’évasion fiscale et de systèmes de responsabilité faibles », a-t-il dénoncé, soulignant les liens étroits entre crise de la dette, gouvernance et transparence.
Face à ces enjeux, le responsable de Transparency International Kenya a exhorté les journalistes africains à « poser les questions difficiles », « suivre l’argent » et « interroger les systèmes de pouvoir » afin de renforcer la responsabilité démocratique sur le continent.
À travers AFROMEDI VI, AFRODAD cherche également à renforcer le Media Debt Network Africa (M-DNA), un réseau de collaboration destiné à encourager les enquêtes, le partage d’expériences et la spécialisation des journalistes africains sur les enjeux économiques et financiers.
Joe BAIT
