Après la cérémonie inaugurale de mardi,29 Septembre 2026, la 14ᵉ édition de la Pan-African Conference on Illicit Financial Flows and Taxation est entrée mercredi dans le vif de ses travaux à Dakar. Organisée par Tax Justice Network Africa, la TJNA, la rencontre réunit jusqu’au 2 octobre des responsables publics, des administrations fiscales, des chercheurs et des organisations de la société civile autour de la justice fiscale, des flux financiers illicites et du financement du développement africain.
Le ministre sénégalais de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, qui a officiellement déclaré la conférence ouverte, a appelé les pays africains à renforcer la mobilisation de leurs ressources internes et à réduire leur dépendance aux financements extérieurs. La fiscalité, a-t-il défendu, ne doit pas être envisagée uniquement comme un moyen de remplir les caisses publiques. Elle doit également servir la justice sociale, la souveraineté économique et la transformation structurelle.
Le ministre sénégalais a replacé cette réflexion dans un contexte marqué par l’augmentation des besoins de financement des États. Éducation, santé, protection sociale, infrastructures, sécurité alimentaire, emploi, transformation productive et adaptation au changement climatique nécessitent des ressources importantes alors que les pressions liées à la dette et la réduction de certains financements extérieurs limitent les marges de manœuvre.
Cheikh Diba a également rappelé l’ampleur des ressources qui échappent aux économies africaines. Il a cité l’estimation d’environ 88 milliards de dollars de flux financiers illicites quittant chaque année le continent. Pour lui, cette situation renforce la nécessité de mieux sécuriser les recettes, de renforcer les administrations fiscales et douanières et d’améliorer la coopération entre les pays africains.
Le Sénégal entend d’ailleurs mettre en avant les réformes engagées au cours des dernières années dans les domaines du contrôle fiscal, de l’échange d’informations et de la lutte contre les flux financiers illicites. Le ministre a également évoqué les négociations en cours autour d’une convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale, que les pays africains souhaitent voir prendre davantage en compte leurs réalités et leurs priorités de développement.

Prenant ensuite la parole pour TrustAfrica, Bomba a élargi la discussion à la question de la souveraineté économique. Pour lui, la lutte contre les flux financiers illicites et la réforme des systèmes fiscaux doivent être replacées dans une réflexion plus large sur la manière dont l’Afrique finance son développement et exerce un contrôle sur ses ressources.
Son intervention a notamment porté sur la destination des richesses africaines. Au-delà de la mobilisation de nouvelles ressources, il a invité les participants à regarder leurs conditions de gouvernance, leur allocation et leur utilisation. Les revenus tirés des ressources naturelles, les financements de la diaspora, les actifs des fonds de pension et des assurances, la philanthropie africaine ou encore les investissements étrangers peuvent, selon lui, participer au financement du développement, à condition que leur gouvernance et leur utilisation répondent aux priorités du continent.
Cette intervention prolongeait ainsi une réflexion déjà installée par la TJNA lors de l’ouverture inaugurale. Chenai Mukumba avait invité les participants à ne pas considérer le caractère panafricain de la conférence comme une simple question de participation. Elle avait plutôt posé la question de ce que le panafricanisme implique lorsqu’il est appliqué aux choix économiques du continent.
La question de la souveraineté revient alors naturellement dans les échanges. Qui contrôle les ressources africaines ? Comment les richesses produites sur le continent sont-elles utilisées ? Et quelle place les pays africains veulent-ils occuper dans l’économie mondiale ?
Ces interrogations prennent une dimension particulière alors que les flux financiers illicites continuent de peser sur les recettes publiques. Elles rejoignent également les discussions engagées depuis plusieurs années sur la transformation des systèmes fiscaux africains et sur la capacité des États à renforcer leurs ressources domestiques.
La conférence doit également permettre de poursuivre les échanges sur les moyens de mieux détecter ces flux, d’améliorer l’utilisation des données, de renforcer les administrations fiscales et de récupérer, lorsque cela est possible, les ressources perdues.

Pour la TJNA et ses partenaires, les discussions de Dakar se situent donc à la rencontre de deux questions étroitement liées. Comment mieux mobiliser les ressources disponibles en Afrique et comment faire en sorte que leur utilisation contribue davantage aux priorités économiques et sociales du continent ?
Les travaux se poursuivent jusqu’au 2 octobre avec des sessions consacrées notamment à la fiscalité, aux flux financiers illicites, à la dette, aux ressources naturelles, aux inégalités et à la transformation de l’architecture fiscale internationale.
Joe Bait
