Les engagements internationaux en matière de fiscalité se sont multipliés, mais leur traduction dans les politiques nationales reste un défi pour de nombreux pays africains. À la tête du Forum africain de l’administration fiscale (ATAF), Mary Baine veut désormais mettre l’accent sur les résultats. À l’ouverture des Réunions annuelles 2026 de l’organisation, le 3 novembre au Caire, la secrétaire exécutive de l’Ataf, a appelé les administrations fiscales et les partenaires au développement à dépasser les déclarations de principe pour engager des réformes concrètes et mesurables.
« Ce n’est pas une autre conférence sur le pourquoi. Le pourquoi est déjà établi. Cette semaine, il est question du comment. » En quelques mots, Mary Baine a résumé l’orientation qu’elle souhaite donner aux échanges. Pour elle, la mobilisation des ressources intérieures ne peut plus rester un objectif régulièrement réaffirmé dans les sommets internationaux. Les pays doivent maintenant montrer ce qu’ils font pour améliorer la collecte de l’impôt et empêcher que des recettes échappent à leurs budgets.
Depuis le Programme d’action d’Addis-Abeba de 2015, la mobilisation des ressources nationales est reconnue comme un levier essentiel du développement. Dix ans plus tard, le Compromiso de Sevilla, adopté en juillet 2025, a renouvelé cette ambition. Les États y ont notamment réaffirmé la nécessité de renforcer leurs systèmes fiscaux, d’améliorer la transparence et de lutter contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites.

Mary Baine estime que ces engagements doivent maintenant se retrouver dans les stratégies nationales. Chaque pays doit définir ses priorités, préciser les responsabilités des institutions concernées et se donner des objectifs permettant de suivre les progrès. L’enjeu est aussi d’éviter que les initiatives internationales se multiplient sans véritable appropriation par les administrations appelées à les mettre en œuvre.
La secrétaire exécutive insiste particulièrement sur la place des administrations fiscales africaines dans ce processus. Les partenaires au développement peuvent apporter une expertise, des financements et un accompagnement technique, mais les réformes doivent partir des besoins exprimés par les pays. Ce sont les administrations nationales qui connaissent les réalités de leurs systèmes fiscaux et qui doivent pouvoir orienter les changements nécessaires.
C’est dans cette logique que s’inscrit le programme Revenue Action for Development in Africa (RADA). L’ATAF entend doubler, d’ici 2030, les résultats et l’impact de son travail avec les États membres et leurs partenaires. Trois éléments doivent permettre d’apprécier cette progression : les recettes fiscales supplémentaires effectivement collectées, la réduction des pertes de revenus et le renforcement des institutions chargées de l’administration fiscale.

Cette orientation suppose des administrations capables de mieux contrôler les activités économiques, de détecter les pratiques d’évasion et de faire appliquer les législations nationales. Elle demande aussi des agents suffisamment formés et des outils adaptés à des opérations financières de plus en plus complexes. Les réformes fiscales ne peuvent donc pas se limiter à l’adoption de nouvelles lois. Leur efficacité dépend aussi des moyens humains, techniques et institutionnels mobilisés pour les appliquer.
Face aux pratiques fiscales qui dépassent les frontières nationales, les pays africains ont intérêt à renforcer leurs échanges d’informations et leurs mécanismes de coopération. Ils doivent également disposer d’une expertise suffisante pour participer aux négociations internationales et défendre leurs intérêts dans l’élaboration des règles fiscales.
La question se pose notamment dans les négociations autour de la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale. Pour les pays africains, ces discussions représentent une occasion de faire entendre leurs préoccupations sur la répartition des droits d’imposition, notamment dans l’économie numérique et les échanges transfrontaliers.
L’appel de Mary Baine concerne aussi les partenaires au développement. Leur soutien doit accompagner les priorités définies par les administrations africaines, plutôt que de multiplier des programmes conçus sans tenir suffisamment compte des besoins locaux. La secrétaire exécutive souhaite que les différents acteurs avancent dans la même direction et évaluent ensemble les résultats obtenus.
« Avançons dans une même direction, derrière les priorités fixées par les administrations africaines, avec des résultats que nous mesurons ensemble », a-t-elle exhorté.
Les Réunions annuelles 2026 de l’ATAF, placées sous le thème « L’impératif de la mobilisation des recettes : la voie de l’Afrique pour financer son propre développement », doivent notamment examiner les moyens de lutter contre les flux financiers illicites, de mieux taxer l’économie numérique et de renforcer la coopération entre administrations fiscales.
Joe BAIT
