À Musenyi, dans le sud du Burundi, des réfugiés congolais tentent de reconstruire leur quotidien après avoir fui les violences qui touchent l’est de la République démocratique du Congo. Dans ce camp où plusieurs familles sont arrivées après la dégradation de la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, un programme financé par le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), avec l’appui de plusieurs agences des Nations Unies, accompagne cette nouvelle étape de leur parcours. En mission d’évaluation au Burundi, une délégation conduite par le Directeur général du FONAREV Patrick Fata, accompagné de la Directrice générale adjointe Emmanuela Zandi, s’est rendue à Musenyi pour mesurer les résultats de ce projet auprès des réfugiés congolais et des communautés hôtes.
Par Joe Bait, envoyée spéciale à Musenyi (Burundi)
À plusieurs heures de route de Bujumbura, dans la commune de Musongati, le camp de réfugiés congolais de Musenyi accueille principalement des familles arrivées au Burundi après la dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. La plupart ont quitté leurs localités au cours des derniers mois, après la reprise des violences dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans un contexte marqué par l’offensive de l’AFC/M23 et les combats avec les forces gouvernementales congolaises. La prise de contrôle de plusieurs zones, dont Goma et Bukavu, ainsi que des localités environnantes, a poussé de nombreuses familles à franchir la frontière à la recherche de sécurité.
Dans le camp, des femmes sont installées devant leurs habitations, occupées à leurs activités quotidiennes, tandis que des enfants jouent autour des maisons. Une scène qui contraste avec l’image habituelle d’un site de réfugiés marqué par l’urgence et la précarité.

C’est dans cet environnement qu’une délégation du FONAREV conduite par son Directeur Général Patrick FATA MAKUNGA qu’accompagnée la Directrice Génerale Adjointe en Charge des Opérations Emmanuella ZANDI s’est rendue à Musenyi pour évaluer les résultats du projet inter-agences financé par l’institution et mis en œuvre avec plusieurs agences des Nations Unies au bénéfice des réfugiés congolais et des communautés hôtes.
Sur place, la délégation découvre un camp bien différent de celui observé lors des premières étapes de mise en œuvre du projet. Les habitations construites en matériaux durables, les structures de santé, les espaces réservés aux enfants, les installations solaires et les ateliers de formation témoignent des changements intervenus depuis le lancement du programme.

La visite conduit notamment la délégation au Centre de formation des métiers de Musenyi. Mis en œuvre par l’association Actions pour la Paix, la Gouvernance et le Développement Durable (APG-Inkingi), avec l’appui du PNUD Burundi grâce au financement du FONAREV, le centre propose plusieurs filières, dont la couture, la boulangerie, la savonnerie, le tressage et la broderie.
Le programme a déjà touché plus de 1 800 bénéficiaires et permis la création de 1 000 emplois temporaires, dont 70 % au profit des réfugiés et 30 % des membres des communautés hôtes. Huit cents bénéficiaires ont également été regroupés en coopératives afin de développer des activités génératrices de revenus.
Dans le domaine sanitaire, le poste de santé établi avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) assure les soins de santé primaires aux réfugiés congolais vivant à Musenyi ainsi qu’aux communautés voisines du district sanitaire de Gihofi. La structure prend également en charge des services liés à la santé sexuelle et reproductive, à la planification familiale, à la vaccination et à l’accompagnement des survivantes de violences sexuelles.

Avec l’appui de l’UNICEF, le projet a également renforcé les dispositifs de protection de l’enfance à travers des espaces dédiés aux enfants, le soutien psychosocial et l’accompagnement des enfants séparés ou non accompagnés.
Au total, 20 394 réfugiés ont été accompagnés et enregistrés, 22 000 enfants ont bénéficié d’un soutien psychosocial, 88 358 consultations médicales ont été réalisées, 12 315 enfants ont été vaccinés et plus de 3 200 réfugiés ainsi que des membres des communautés hôtes ont été formés à des activités génératrices de revenus.
Le projet a aussi permis l’installation d’une centrale solaire de 100 kilowatts, de 113 lampadaires solaires et de plusieurs infrastructures communautaires.
Pour les bénéficiaires, ces réalisations prennent un sens particulier parce qu’elles interviennent après des parcours marqués par les pertes et les déplacements.

Parmi eux, une femme rencontrée à Musenyi raconte avoir fui les violences avec son mari et ses enfants. Lors de la traversée de la rivière Ruzizi pour rejoindre le Burundi, elle a perdu les siens. Elle est arrivée seule dans un pays qu’elle ne connaissait pas, avec le poids d’un traumatisme difficile à surmonter.
Grâce à l’accompagnement psychosocial reçu dans le cadre du projet, elle explique avoir progressivement retrouvé des repères. Aujourd’hui, elle vit dans une maison construite dans le camp et bénéficie d’un appui mensuel qui lui permet de répondre à certains besoins essentiels.
«Quand je suis arrivée ici, je ne savais même pas comment j’allais nourrir mes enfants”, raconte Chantal, déplacée de Rutshuru. “Aujourd’hui, je couds des uniformes scolaires. Ce n’est pas encore la vie que j’avais avant la guerre, mais je peux à nouveau gagner quelque chose.»
Une autre réfugiée raconte son arrivée au Burundi, sans ressources et sans perspective immédiate. Après avoir traversée la plaine de la Ruzizi pour échapper aux violences, elle a dû reconstruire son quotidien dans un nouvel environnement.
« J’ai tout perdu en quittant le Congo, j’ai perdue tout mes proches : mon mari, mes deux enfants sont tous morts ; tués par les M23 mais ici, on nous a donné une chance de recommencer », résume une bénéficiaire rencontrée au centre de formation. Autour d’elle, plusieurs autres réfugiés acquiescent.

La représentante du HCR au Burundi, Brigitte Mukanga-Eno, salue les avancées enregistrées grâce à cette collaboration entre le FONAREV, les agences des Nations Unies et les partenaires de mise en œuvre. Elle souligne notamment les progrès réalisés dans la protection des victimes de violences sexuelles, l’accompagnement psychosocial et les actions en faveur des enfants.
Pour Patrick Fata, Directeur général du FONAREV, cette mission d’évaluation permet de constater les effets concrets du financement mobilisé en faveur des réfugiés congolais. Il réaffirme l’engagement de l’institution à poursuivre son accompagnement auprès des victimes des conflits, y compris celles contraintes de vivre au-delà des frontières nationales.
« Nous demeurons pleinement engagés à poursuivre notre soutien aux réfugiés congolais où qu’ils se trouvent », a-t-il déclaré.
À Musenyi, les résultats du projet se lisent désormais dans le quotidien des réfugiés. Les maisons ont remplacé les bâches, les ateliers accueillent leurs premiers apprentis, le centre de santé reçoit ses patients et les enfants disposent d’espaces qui leur sont consacrés. Pour le FONAREV, cette mission s’inscrit dans la continuité de son engagement en faveur des victimes congolaises des conflits, où qu’elles se trouvent.
