Face à l’érosion progressive des financements extérieurs et à l’intensification des pressions budgétaires, l’Afrique accélère sa quête de souveraineté fiscale. Dans ce contexte, le Forum des administrations fiscales africaines confirme son rôle grandissant dans la transformation des systèmes fiscaux du continent.
Dans son rapport annuel 2025 publié le 22 mai 2026, l’organisation panafricaine révèle que les interventions de contrôle fiscal qu’elle a soutenues dans ses États membres ont permis de générer 907,8 millions de dollars de recettes fiscales supplémentaires, dont 685,8 millions effectivement recouvrés par les administrations nationales.
Des chiffres qui illustrent l’importance croissante de la mobilisation des ressources intérieures comme levier stratégique de financement du développement en Afrique.
Au-delà des montants recouvrés, le rapport met en évidence l’élargissement du rôle opérationnel de l’ATAF dans le renforcement des capacités fiscales du continent.
Au cours de l’année 2025, l’organisation a fourni une assistance technique à 35 pays africains, formé 2 433 agents fiscaux issus de 43 États et accompagné plusieurs réformes législatives et administratives visant à moderniser les systèmes fiscaux nationaux.
Les programmes soutenus par l’ATAF portent notamment sur :
- le contrôle fiscal,
- la fiscalité du numérique,
- l’exploitation des données fiscales,
- la lutte contre les flux financiers illicites,
- et l’amélioration de la gouvernance des administrations fiscales.
Pour plusieurs gouvernements africains, ces réformes sont devenues essentielles afin de réduire la dépendance à l’aide extérieure et renforcer la capacité des États à financer eux-mêmes leurs politiques publiques.
La secrétaire exécutive de l’ATAF, Mme Mary BAINE, estime que la mobilisation des ressources nationales constitue désormais un impératif pour le continent.
« La mobilisation des ressources intérieures n’est plus une option pour l’Afrique ; elle constitue le fondement du développement durable, de la résilience économique et de la souveraineté budgétaire », a-t-elle déclaré lors de la publication du rapport.
Cette dynamique intervient alors que plusieurs institutions internationales alertent sur le recul de l’aide publique au développement. Selon des projections de l’OCDE, les flux mondiaux d’aide pourraient encore diminuer de 9 à 17 % en 2025 après une baisse déjà enregistrée en 2024, avec un impact particulièrement important pour les pays africains les plus vulnérables.
Dans ce contexte, les États africains cherchent de plus en plus à sécuriser leurs finances publiques grâce à des recettes domestiques mieux mobilisées et à une administration fiscale plus performante.
Le rapport souligne également que le ratio moyen impôts/PIB en Afrique est passé de 15,6 % en 2022 à 16,1 % en 2023, traduisant une amélioration progressive de la mobilisation fiscale sur le continent, même si ce niveau reste inférieur à celui observé dans les économies développées.
L’ATAF ne se limite plus à un rôle technique. Le rapport 2025 met également en lumière l’influence grandissante de l’organisation dans les débats internationaux sur la fiscalité mondiale.
L’institution africaine participe activement aux discussions autour de la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale, ainsi qu’aux négociations liées :
- aux flux financiers illicites,
- à la fiscalité de l’économie numérique,
- à la transparence fiscale,
- et à la taxation des multinationales.
Longtemps sous-représentée dans les grandes réformes fiscales mondiales, l’Afrique cherche désormais à faire entendre une voix plus structurée afin de défendre ses intérêts budgétaires et économiques.
L’ATAF apparaît ainsi comme l’un des principaux instruments de coordination fiscale du continent, avec l’ambition de permettre aux États africains de mieux protéger leurs bases fiscales et d’augmenter durablement leurs recettes publiques.
Des résultats qui s’inscrivent dans une dynamique continentale
Les performances enregistrées en 2025 prolongent une tendance amorcée ces dernières années. Depuis 2016, les initiatives soutenues par l’ATAF ont permis de générer plusieurs milliards de dollars d’évaluations fiscales supplémentaires à travers le continent.
Pour l’organisation, l’enjeu dépasse désormais les seuls chiffres budgétaires. Il s’agit de construire des États capables de financer durablement :
- les infrastructures,
- les systèmes de santé,
- l’éducation,
- la transition numérique,
- et les politiques de développement.
À travers ce rapport 2025, l’ATAF ne présente donc pas uniquement un bilan annuel mais esquisse surtout les contours d’une nouvelle ambition africaine, celle d’une souveraineté économique fondée sur une fiscalité plus moderne, plus efficace et d’avantage maîtrisée par les Etats eux-mêmes.
Joe BAIT
