La 14ᵉ édition de la Pan-African Conference on Illicit Financial Flows and Taxation a ouvert ses portes ce mardi 29 Septembre 2026 à Dakar à l’initiative de Tax Justice Network Africa, la TJNA. Pendant trois jours, la rencontre réunit des acteurs venus de plusieurs pays africains autour d’une même réalité. Le continent cherche à mieux mobiliser ses propres ressources alors que les besoins de financement augmentent et que les marges budgétaires des États se resserrent.
Pour cette édition, la TJNA a choisi de porter les discussions sous le thème de la construction d’un agenda transformateur pour la justice fiscale en Afrique. La fiscalité, les flux financiers illicites, la dette, les ressources naturelles, les inégalités, la santé ou encore l’évolution de l’architecture fiscale internationale sont au programme des échanges.
Les travaux ont été ouverts par Chenai C. Mukumba, Directrice exécutive de la TJNA. Dans son mot d’ouverture, elle a rapidement élargi le regard au-delà des seuls mécanismes fiscaux. Pour elle, le caractère panafricain de la rencontre doit conduire à une réflexion plus profonde sur ce que les Africains veulent construire pour leurs économies.
Chenai C. Mukumba a notamment interrogé la place du continent dans l’économie mondiale, le devenir des richesses tirées de ses ressources naturelles et les moyens de financer son développement. Elle a également posé la question de la souveraineté lorsque des décisions qui affectent les économies africaines sont prises au-delà de leurs frontières.

Cette réflexion a donné le ton à une ouverture où les différentes interventions ont, chacune à leur manière, ramené la discussion vers la capacité des États africains à mobiliser leurs propres ressources.
Prenant la parole au nom du Forum sur l’Administration Fiscale Africaine, son représentant a insisté sur le poids des flux financiers illicites dans les difficultés auxquelles sont confrontés les États africains. Chaque ressource qui quitte le continent à travers des pratiques de sous-facturation commerciale, des structures opaques ou des revenus dissimulés à l’étranger représente, selon l’organisation, des recettes qui ne peuvent plus financer les services publics ou les politiques de développement.
Entre janvier et juillet 2026, les interventions soutenues par l’organisation auprès des administrations fiscales ont permis d’identifier plus de 529 millions de dollars de recettes fiscales supplémentaires, dont plus de 228 millions effectivement recouvrés.
Le transfert de prix représente la plus grande part de ces montants, avec plus de 419 millions de dollars de redressements et près de 127 millions recouvrés. Les contrôles liés à la TVA sur les opérations transfrontalières ont, eux, permis d’identifier plus de 94 millions de dollars, pour environ 88 millions effectivement collectés.
Au-delà de ces chiffres, l’ATAF a aussi mis en avant les progrès réalisés dans l’échange automatique d’informations fiscales. Les Seychelles et le Ghana ont franchi l’étape des tests et commencé à transmettre des données dans le cadre du système développé avec le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales.
L’organisation a également présenté son Anti-IFF Policy Tracker, lancé en 2025 pour suivre les cadres juridiques adoptés par les pays africains et surtout les écarts qui peuvent exister entre les textes et leur mise en œuvre.
Dans le même esprit, la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies a appelé à renforcer le suivi des engagements et à aller au-delà des déclarations. Son intervention a replacé la question des flux financiers illicites dans un contexte plus large, marqué par l’endettement, la réduction des marges budgétaires et les besoins croissants de financement du développement.
Plus d’une décennie après les travaux du groupe de haut niveau de l’Union africaine et de la CEA sur les flux financiers illicites, présidé par Thabo Mbeki, la CEA estime que la lutte contre ces sorties de capitaux doit désormais s’accompagner d’un suivi plus régulier des politiques et des engagements pris.
L’organisation souhaite également que la conférence de Dakar contribue à renforcer les positions africaines dans l’évolution du système financier international et à approfondir le travail engagé autour de la mobilisation des ressources domestiques.

Ces différentes prises de parole se sont ainsi rejointes sur une même question, celle de la capacité du continent à mieux retenir et utiliser les richesses qu’il produit.
Pour Chenai Mukumba, cette discussion ramène aussi à la signification du terme « panafricain ». Elle a rappelé que réunir des Africains dans une même salle ne suffit pas, à lui seul, à donner cette dimension à une rencontre. Le panafricanisme suppose aussi de réfléchir à la direction que les sociétés africaines veulent donner à leur avenir économique.
Elle a ainsi invité les participants à réfléchir à la destination avant de se concentrer uniquement sur les instruments. Les penseurs et mouvements panafricains avaient déjà associé l’indépendance politique à la capacité des Africains à déterminer leur propre avenir, à contrôler leurs ressources et à peser sur leurs choix économiques.
La conférence organisée par la TJNA se poursuit jusqu’au 2 octobre. Les échanges doivent notamment porter sur les flux financiers illicites, la fiscalité et la transformation structurelle, la dette, les ressources naturelles, les inégalités, la santé et les mutations de l’architecture fiscale internationale.
Au fil des discussions, la question fiscale apparaît ainsi liée à une réflexion plus vaste sur le financement du développement, la maîtrise des ressources et la capacité des États africains à décider davantage de leur trajectoire économique
Joe Bait
