L’ATAF forme 54 enquêteurs africains à la traque des crimes financiers

PRETORIA, Pendant plusieurs jours, la capitale sud-africaine abrite une session de travail discrète mais stratégique. L’ATAF (Forum sur l’administration fiscale africaine) a réuni 54 enquêteurs venus de 18 pays pour un cours avancé sur la criminalité financière. Objectif : traquer des flux illicites de plus en plus sophistiqués.

Créée en 2009 pour accompagner les pays africains dans la modernisation de leurs systèmes fiscaux, l’ATAF est devenue une référence continentale. Elle aide les administrations à mieux collecter l’impôt, à lutter contre l’évasion fiscale et à harmoniser leurs politiques. Cette formation s’inscrit pleinement dans ce mandat.

Cette formation en présentiel, organisée à Pretoria, s’inscrit dans la continuité de sessions virtuelles déjà menées par l’institution. Elle répond à une urgence silencieuse : les administrations fiscales africaines peinent à suivre le rythme des montages transfrontaliers, de l’évasion fiscale et des nouvelles pratiques agressives des grandes entreprises.

Dans plusieurs pays du continent, la capacité à mener des enquêtes financières crédibles est devenue un enjeu de souveraineté économique. Sans enquêteurs bien formés, pas de preuves recevables. Sans preuves, pas de recettes fiscales récupérées. Le lien est direct.

Pour beaucoup, la phase virtuelle du programme a déjà été une première bouffée d’air. « Ces sessions m’ont aidé à mieux comprendre les techniques d’analyse des risques et les approches modernes d’enquête. Elles ont renforcé ma confiance face aux dossiers complexes », témoigne Drissa Achille Kinda, de la Direction générale des impôts du Burkina Faso.

La partie en présentiel va plus loin. Plus de théorie. Place aux études de cas, aux exercices pratiques, aux échanges entre pairs. Les enquêteurs apprennent à repérer les signaux faibles, à utiliser les méthodes forensiques, à collaborer avec d’autres agences nationales. Autant de compétences qui font souvent défaut sur le terrain.

« Nous traitons des cas de plus en plus complexes. Ce cours arrive au bon moment. Je veux renforcer ma capacité à gérer les dossiers à haut risque, notamment ceux qui impliquent des transactions transfrontalières », explique Sanjay Cesar, des services fiscaux des Seychelles.

L’enjeu dépasse la simple technique. Derrière cette formation, il y a une pression croissante pour plus de transparence et de rigueur, conformément aux standards internationaux. Mieux former les enquêteurs, c’est aussi envoyer un signal : l’Afrique ne compte plus se contenter de déclarations d’intention face aux flux financiers illicites.

Pour Gizela Macamba, de l’administration fiscale angolaise (AGT), l’un des atouts majeurs du programme est ailleurs : « Il nous offre une opportunité unique d’apprendre des autres administrations. Partager nos expériences est essentiel pour améliorer notre façon de traiter les crimes fiscaux complexes. »

À travers cette formation, l’ATAF ne se contente pas de transmettre des outils. Elle tente d’imprégner les enquêteurs d’une culture professionnelle où l’intégrité, la rigueur et l’éthique ne sont pas des options.

Joe BAIT

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