RDC, le FONAREV porte le plaidoyer des victimes au Parlement européen

« Maintenant que vous savez, il est temps d’agir. » C’est l’appel lancé par Mamie KAHAMBU aux parlementaires Européens. Venue témoigner de ce qu’elle a vécu à Goma, où elle a perdu son mari lors de la prise de la ville par le M23 en janvier 2025, son appel résume ce que les victimes congolaises attendent aujourd’hui de la communauté internationale, au-delà des déclarations de solidarité.

C’est autour de cette attente que le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits armées et des crimes contre la paix et la securité de l’humanité (FONAREV) et la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ont organisé, le mercredi 14 octobre 2026, une conférence au Parlement européen intitulée « Brisons le silence, 1996-2026, le Congo que nous avions choisi d’oublier ». Leur démarche vise à faire connaître à l’international les crimes commis en République démocratique du Congo, à obtenir leur reconnaissance et à faire avancer les demandes de justice et de réparation.

Au centre de leur plaidoyer figure le GENOCOST, un concept qui met en relation les massacres commis en RDC et l’exploitation de ses richesses naturelles. Pour ses défenseurs, les violences qui frappent le pays ne peuvent être dissociées des intérêts économiques liés à ses ressources minières. Ils veulent que cette réalité soit davantage prise en compte dans les réponses internationales au conflit, mais aussi que les richesses du pays puissent contribuer à réparer les préjudices subis par les populations.

C’est aussi le sens du message porté par Patrick Fata Makunga, directeur général du FONAREV. « Transformer les richesses du Congo en un instrument de reconstruction des victimes du Congo, c’est aussi cela, la réparation », a-t-il déclaré. Derrière cette revendication se pose une question concrète, celle des moyens nécessaires pour accompagner les victimes et financer leur reconstruction, alors que les besoins restent considérables.

Le 2 août dernier, lors de la Journée nationale du GENOCOST, Patrick Fata Makunga avait annoncé que plus de 1,2 million de personnes étaient enregistrées dans le processus national d’identification des victimes. Parmi elles, 4 000 avaient été homologuées par la justice et intégrées à la liste des bénéficiaires des réparations administratives. L’identification, la reconnaissance du statut des victimes et l’accès effectif aux réparations constituent ainsi un chantier important pour les institutions congolaises concernées.

La justice transitionnelle occupe également une place centrale dans cette démarche. François Kakese Kimaza, coordonnateur exécutif de la CIA-VAR, s’appuie sur la politique nationale adoptée en mai 2025, qui repose sur quatre piliers, la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition. L’objectif est de ne pas limiter la réponse aux violences à la seule prise en charge des victimes, mais de permettre aussi que les responsabilités soient établies et que de nouveaux crimes puissent être évités.

Les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre rappellent l’urgence de cette prise en charge. Pour les survivantes, les besoins concernent aussi bien les soins que l’accompagnement psychosocial, l’assistance juridique et l’accès aux réparations. La reconnaissance des crimes doit donc se traduire par des réponses capables d’améliorer concrètement leur quotidien.

À Bruxelles, le plaidoyer a également réuni des élus européens de sensibilités politiques différentes, parmi lesquels Claire Fita, Thierry Mariani et Virginie Joron. Cette diversité peut ouvrir des espaces de dialogue autour de la situation congolaise. Mais faire entendre les revendications ne garantit pas qu’elles seront reprises dans des décisions politiques. La conférence n’a débouché sur aucune décision contraignante des institutions européennes.

Le FONAREV et la CIA-VAR défendent notamment la création d’un tribunal spécial chargé de juger les auteurs des crimes les plus graves. Ils souhaitent également que la question de la responsabilité des acteurs qui profitent de l’exploitation des ressources naturelles soit prise en compte. Ces demandes restent à faire avancer auprès des partenaires internationaux.

Pour Mamie Kahambu et les autres victimes, le déplacement de ce plaidoyer jusqu’au Parlement européen n’aura de véritable portée que si l’écoute se prolonge par des actes. Faire connaître les souffrances des Congolais est une étape. Obtenir justice, établir les responsabilités et garantir des réparations effectives reste le plus difficile.

Joe BAIT

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