SUD-KIVU : À UVIRA, LE FONAREV MISE SUR LA RECONSTRUCTION ET L’AUTONOMIE POUR RÉPARER LES BLESSURES DE LA GUERRE

Par Joe Bait

Uvira 10 juillet 2026

Dans une région où les conflits armés successifs ont profondément bouleversé les trajectoires de vie, détruit les infrastructures communautaires et fragilisé les moyens de subsistance les plus élémentaires, le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des autres crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV) passe à la vitesse supérieure. En mission officielle à Uvira, dans la province stratégique du Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo, l’institution a déployé une série d’initiatives d’envergure. L’objectif affiché est de donner un contenu matériel, mesurable et concret à la politique nationale de réparation voulue par le chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Menée par le directeur général Patrick Fata, qu’accompagnait la directrice générale adjointe Emmanuella Zandi, la délégation a enchaîné les activités pour lier l’accompagnement psychologique individuel au relèvement économique collectif. Cette descente sur le terrain intervient alors que le Sud-Kivu subit encore le contrecoup de décennies d’instabilité militaire, marquées par des déplacements massifs de populations, le démantèlement du tissu commercial transfrontalier et une précarisation aiguë des foyers. À travers ses différentes interventions, le FONAREV entend ainsi inscrire son action dans une logique de relèvement durable et de stabilisation, rompant avec les schémas classiques de l’aide humanitaire d’urgence.

La première étape majeure de cette mission a conduit les responsables de l’établissement public au centre de transit des retournés d’Uvira. C’est sur ce site symbolique que sera érigé le futur Centre intégré de services multisectoriels, une infrastructure de pointe spécifiquement pensée pour les survivantes des violences sexuelles liées aux conflits. En inspectant l’espace foncier sécurisé pour accueillir cette structure, la direction du FONAREV a posé les jalons d’un guichet unique qui réunira en un seul lieu une assistance médicale d’urgence, un soutien psychosocial individualisé, un accompagnement juridique pour lutter contre l’impunité, ainsi qu’un pôle de réinsertion socio-économique. L’ambition est de rompre l’isolement des victimes grâce à un parcours de prise en charge global et standardisé, capable de répondre à la complexité des traumatismes subis.

Le curseur de la mission s’est ensuite déplacé vers le volet de l’autonomisation financière avec la cérémonie de remise des appuis socio-économiques du projet pilote Tuko Pamoja. Ce programme a permis de former intensivement 1 000 bénéficiaires locaux aux rouages de l’entrepreneuriat, à la gestion rigoureuse des activités génératrices de revenus et aux mécanismes d’innovation commerciale adaptés aux marchés ruraux. Au cours de la cérémonie, les kits métiers et les équipements de production soigneusement segmentés et disposés par filières professionnelles selon les vœux exprimés par les apprenants durant leur cursus ont été officiellement distribués. À mesure que les machines à coudre, les kits agricoles, les outils de transformation alimentaire et les fonds de roulement étaient remis, les protocoles officiels ont laissé place à une intense célébration populaire, rythmée par des chants traditionnels, des danses et des témoignages poignants de survivants voyant dans ces outils le point de départ d’une nouvelle dignité retrouvée et d’une rupture définitive avec la dépendance économique.

Face à cette assemblée, le directeur général Patrick Fata Makunga a insisté sur le fait que ces dotations matérielles ne constituent en aucun cas une simple distribution de secours sans lendemain, mais représentent un investissement stratégique dans le capital humain local. Il a formellement engagé les services du FONAREV à opérer un suivi technique régulier sur le terrain afin d’évaluer la viabilité des micro-entreprises créées et de refinancer ultérieurement les structures les mieux gérées. « Nous ne nous limiterons pas ici, nous reviendrons pour récompenser ceux qui auront bien géré leur capital », a martelé le directeur général, fixant ainsi une exigence de performance et de redevabilité.

Dans la foulée de cette dynamique, la délégation s’est rendue à l’Hôpital général de référence de Kasenga pour remettre d’importants lots d’équipements médicaux et de consommables techniques, renforçant ainsi la résilience du système de santé local face à l’afflux de populations vulnérables touchées par les conséquences directes de la guerre.

Le point d’orgue de cette tournée itinérante s’est joué à Kavimvira, où les autorités provinciales et le FONAREV ont procédé conjointement à la pose de la première pierre du tout nouveau marché de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), une infrastructure commerciale névralgique qui avait été totalement détruite lors des violentes attaques attribuées à la coalition rebelle M23/AFC. Présidant l’événement, le vice-gouverneur du Sud-Kivu et gouverneur intérimaire, Jean-Jacques Elakano, a salué cette initiative qui matérialise l’appropriation par l’État congolais de la prise en charge de ses propres citoyens meurtris. Il a exhorté la population d’Uvira à s’approprier ce nouvel outil de production pour revitaliser l’économie locale.

Prenant la parole à son tour, la directrice générale adjointe Emmanuella Zandi a théorisé la vision macroéconomique de la réparation portée par l’institution. Selon elle, la reconstruction des infrastructures marchandes détruites par les groupes armés participe pleinement au processus de justice transitionnelle : restaurer les espaces d’échange, c’est rebâtir les conditions matérielles permettant aux communautés de renouer avec une vie sociale normale et pacifiée. Conçu selon des standards architecturaux modernes, ce futur marché frontalier a également pour vocation de stimuler le commerce transfrontalier légal avec le Burundi et la Tanzanie voisins, transformant une ancienne zone de conflit en un carrefour de prospérité économique.

Ce projet d’envergure bénéficie du partenariat technique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), dont les représentants ont réitéré leur engagement ferme à accompagner le FONAREV dans l’achèvement rapide des travaux. À Uvira, l’établissement public a ainsi fait la démonstration de sa doctrine globale : combiner la réparation individuelle des parcours de vie brisés avec la reconstruction lourde des structures économiques indispensables au relèvement définitif de la nation.

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