Alors que s’achève la 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites et la fiscalité, les États africains affichent leur ambition de reprendre le contrôle de leurs ressources pour financer leur propre développement.
« Nous sommes à un précipice. Les décisions que nous prenons aujourd’hui, individuellement en tant que pays, mais surtout collectivement comme continent, façonneront la trajectoire économique de l’Afrique pour les décennies à venir. » C’est par cet appel à la responsabilité collective que Chenai C. Mukumba, Directrice Exécutive de Tax Justice Network Africa (TJNA), a marqué la clôture de la rencontre, après trois jours d’échanges à Dakar, au Sénégal. Experts fiscaux, décideurs politiques, parlementaires, chercheurs et acteurs de la société civile venus d’Afrique et d’ailleurs ont réfléchi aux moyens de renforcer la maîtrise du continent sur ses ressources et ses choix économiques.
Placée sous le thème « Faire progresser un agenda transformateur de justice fiscale pour l’Afrique », la rencontre a dépassé les discussions techniques sur la collecte de l’impôt pour interroger la souveraineté économique que les États africains peuvent réellement exercer sur leurs ressources et leurs choix de développement.
Les chiffres présentés par Emmanuel Eze, intervenant au nom de Mary Baine, secrétaire exécutive du Forum africain sur l’administration fiscale (ATAF), donnent une mesure des progrès possibles. Au cours des sept premiers mois de 2026, les interventions soutenues par l’ATAF ont permis d’établir 529,71 millions de dollars de redressements fiscaux supplémentaires et de recouvrer 228,33 millions de dollars. Des recettes qui peuvent contribuer au financement des écoles, des routes et des programmes de protection sociale.

Ces résultats reposent notamment sur le renforcement des contrôles en matière de prix de transfert, l’amélioration du respect des obligations liées à la TVA sur les transactions transfrontalières, la retenue à la source et l’échange automatique de renseignements. Ces mécanismes permettent aux administrations de mieux suivre les opérations économiques et de limiter les pertes de recettes.
Gamal Ibrahim, de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), estime que le développement du continent doit être de plus en plus financé par les richesses qu’il produit lui-même. Il a appelé à renforcer le suivi des engagements, à évaluer les politiques mises en place contre les flux financiers illicites et à promouvoir la transparence fiscale pour passer des déclarations aux résultats concrets.
Les États africains doivent pour cela renforcer leurs administrations fiscales, améliorer les mécanismes de contrôle et intensifier la coopération entre pays. La lutte contre la fraude et les flux financiers illicites reste essentielle pour éviter que les richesses produites sur le continent échappent aux économies nationales.
Chenai C. Mukumba a également invité les participants à élargir leur réflexion au-delà des questions techniques. Quelle place l’Afrique veut-elle occuper dans l’économie mondiale ? Comment ses ressources naturelles doivent-elles profiter à ses populations ? Et dans quelle mesure les pays africains maîtrisent-ils réellement les conditions de financement de leur développement ?
L’indépendance politique ne garantit pas, à elle seule, la maîtrise des ressources et des choix économiques. La souveraineté africaine passe aussi par la capacité des États à décider de l’utilisation de leurs richesses et à peser collectivement dans les discussions qui déterminent les règles de l’économie mondiale.
Au terme de la conférence, TJNA a réaffirmé sa volonté de rapprocher les organisations et les acteurs engagés dans la justice fiscale afin de construire une réflexion commune, directement liée à la transformation structurelle de l’Afrique.
Le réseau panafricain entend ainsi poursuivre le travail de mobilisation et de concertation pour que la justice fiscale occupe une place centrale dans les politiques de développement du continent. Reste désormais à traduire les engagements et les réflexions de Dakar en actions concrètes.
Joe Bait
