Les nouveaux produits de nicotine évoluent et gagnent du terrain, tandis que les législations peinent parfois à suivre. Comment les États africains peuvent-ils adapter leurs dispositifs de lutte antitabac à cette nouvelle réalité ? La question a été au centre du Breakaway 5, organisé dès le premier jour de la 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites et la fiscalité (PAC 2026), à Dakar. Intitulé « Combler l’écart politique : politique budgétaire, équité en santé et cigarettes électroniques en Afrique », ce panel, animé par le Réseau pour la justice fiscale en Afrique (RJFA), a notamment exploré le rôle des taxes sanitaires dans la limitation de la progression des nouveaux produits du tabac et la mobilisation de recettes nationales pour financer la santé.
Godefroid Mboyo, Manager des programmes et expert congolais, a pris part à cette discussion aux côtés d’Isaiah Mbewe de la Zambie, Penda Ndiaye du Sénégal, Salomon Adoga du Nigeria, Patrick Nyangweso du Kenya et Labram Musah du Ghana. Les intervenants ont examiné les réponses que les pays africains peuvent apporter face aux transformations du marché du tabac, avec une attention particulière portée aux données nécessaires pour éclairer les décisions des pouvoirs publics.

L’intervention congolaise a mis en évidence les insuffisances du cadre juridique et opérationnel de la République Démocratique du Congo. Selon Godefroid Mboyo, la législation nationale en matière de santé publique reste principalement orientée vers les cigarettes traditionnelles et ne prend pas suffisamment en compte les innovations de l’industrie du tabac, notamment les cigarettes électroniques et les autres produits contenant de la nicotine.
Cette situation complique l’encadrement de ces nouveaux produits et appelle à une adaptation de la réglementation. Elle soulève également la question des ressources que les États peuvent mobiliser pour protéger la santé des populations. Godefroid Mboyo a ainsi évoqué les mécanismes susceptibles d’accroître les recettes nationales destinées au financement du système de santé. Une réflexion qui relie la lutte antitabac aux politiques fiscales et à la capacité des États à financer leurs priorités sanitaires.

La RDC dispose déjà de mécanismes de coordination qui peuvent contribuer à cette démarche. Parmi eux figure la « Tripartite de lutte antitabac », une plateforme nationale réunissant le Gouvernement, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la société civile. Le programme Tobacco Control Data Initiative (TCDI) Africa ainsi que les recherches menées par ILDI ont également été présentés comme des acquis de l’expérience congolaise.
Ces initiatives mettent en évidence la place de la recherche et de la concertation dans l’élaboration des politiques de lutte antitabac. À Dakar, les échanges ont ainsi rappelé que les États africains doivent pouvoir s’appuyer sur des données fiables pour mieux comprendre l’évolution des produits, adapter leurs législations et renforcer leurs dispositifs de contrôle.
Pour la RDC comme pour les autres pays du continent, la question est désormais de faire évoluer les réponses publiques au même rythme que les transformations de l’industrie du tabac. La protection de la santé publique dépend aussi de cette capacité à anticiper les nouvelles pratiques, à adapter les textes et à mobiliser les ressources nécessaires.
Joe Bait
