La recherche fiscale africaine se dote d’une feuille de route stratégique pour financer l’avenir du continent

Le onzième congrès annuel du Réseau africain de recherche fiscale s’est achevé le 24 septembre dernier à Kigali, sur un appel vibrant à transformer la production de connaissances en actions concrètes pour les administrations du continent. Organisé sous l’égide du Forum des administrations fiscales africaines (ATAF), ce grand rendez-vous de trois jours a marqué la fin des théories déconnectées du terrain pour ouvrir l’ère d’une fiscalité fondée sur les réalités économiques locales, posant ainsi un jalon historique pour la souveraineté financière africaine.
Le bilan chiffré de ces assises témoigne d’ailleurs d’une effervescence académique sans précédent. Les organisateurs ont révélé que cette édition a battu tous les records avec cent quatre-vingt-dix propositions de recherche soumises par des experts du continent. Ce chiffre, en progression constante, représente une hausse spectaculaire de 60 % de la participation scientifique en l’espace de deux ans, preuve que les spécialistes africains s’approprient désormais pleinement les problématiques de mobilisation des ressources.
Lors de la séance de clôture, Emeka Nwankwo, responsable de la fiscalité et de l’amélioration des capacités au sein de l’ATAF, a résumé le principal enseignement de ces travaux en insistant sur le fait que l’avenir des recettes intérieures africaines dépendra de la capacité des États à s’appuyer sur des données probantes et des études rigoureuses.

Selon lui, la conversation amorcée ne doit pas s’arrêter là, car la construction de systèmes fiscaux transparents et capables d’inspirer la confiance des contribuables exige des institutions solides, aptes à transformer le savoir en décisions politiques et budgétaires concrètes.
La grande annonce qui a couronné la fin des travaux est le lancement officiel de la nouvelle stratégie du réseau, présentée par la présidente de son conseil consultatif, la professeure Annet Oguttu. Cette feuille de route, qui s’étend sur la période allant de 2026 à 2030, vise à restructurer en profondeur l’écosystème de la recherche africaine en garantissant sa durabilité financière et en développant des programmes d’incubateurs et de mentorat pour la jeune génération de chercheurs.
Au moment où les rideaux tombent sur ce grand rendez-vous, les décideurs et experts repartent avec la certitude que la bataille pour la mobilisation des ressources domestiques ne fait que commencer. En se dotant de ces nouveaux outils stratégiques, les administrations fiscales africaines affichent leur ambition de ne plus être de simples exécutantes des normes mondiales, mais les architectes de leur propre développement économique.

La clôture du 11e Congrès a également été marquée par la remise des prix récompensant plusieurs travaux de recherche. Le prix du meilleur article, toutes catégories, a été attribué à Dr Sha’awa Mohammed, Dr Alhasan Usman et Bilkisu Inuwa Jibril, du Nigeria, pour leur article « Le genre du leadership a-t-il de l’importance ? Le rôle des femmes dirigeantes dans l’élaboration de la politique fiscale ».

Le prix du meilleur chercheur émergent revient à Hannah Moreno et Pacifique Ngabo, du Rwanda, pour « L’impact de la réglementation sur les prix de transfert sur la fiscalité et l’investissement des multinationales : le cas du Rwanda ».

Le prix de la recherche la plus innovante a été décerné à Dr Gift Mupunga pour son article consacré à la « Fiscalité des cryptomonnaies : modèles réglementaires comparatifs et options politiques pour le Zimbabwe ».

Le réseau ATAF Women in Tax (AWITN) a également distingué Mary Ruhara, lauréate toutes catégories, pour son essai « Le contribuable invisible : formalisation des femmes dans l’économie informelle en Tanzanie ». En deuxième position, en l’absence de la lauréate, Sabryna Okitawetshi a été distinguée pour « La dimension de genre de la TVA en RDC ».

Joe BAIT

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