De 46 à 190 papiers scientifiques en quatre ans, comment les recherches fiscales révolutionnent les recettes en Afrique

L’incroyable bond en avant de la production scientifique s’est invité au centre des discussions du onzième congrès annuel du Réseau africain de recherche fiscale (ATRN). En l’espace de seulement quatre ans, le volume des soumissions est passé de quarante-six candidatures de papiers en 2022 à un record absolu de cent quatre-vingt-dix propositions cette année, une explosion statistique qui prouve que le continent refuse désormais de naviguer à vue ou d’appliquer des recettes dictées de l’extérieur.

Dans ses déclarations d’ouverture, la professeure Annet Oguttu, présidente du conseil consultatif de l’organisation, a longuement réfléchi sur cette croissance spectaculaire et sur l’objectif ultime de cette dynamique, qui vise à bâtir une communauté africaine de recherche solide capable de produire des preuves rigoureuses pour éclairer les politiques fiscales et moderniser l’administration.
Sur le terrain, l’utilisation de ces recherches scientifiques change radicalement la donne en offrant aux fiscs africains des armes de précision contre l’évasion fiscale et la fraude.

L’exemple le plus frappant de cette mutation est celui de la Kenya Revenue Authority, où des travaux de recherche pointus en science des données ont permis de concevoir des modèles de machine learning capables de prédire le profil des contribuables à haut risque. En intégrant ces algorithmes prédictifs issus de la recherche locale, l’administration kényane a pu optimiser ses contrôles ciblés et stopper d’immenses pertes de recettes. De son côté, l’Autorité des recettes du Rwanda s’est appuyée sur des études rigoureuses en matière de fiscalité internationale pour déployer une unité dédiée à l’échange d’informations et mener des audits approfondis sur les prix de transfert des multinationales, une démarche scientifique qui s’est soldée par la récupération de onze millions de dollars américains de recettes supplémentaires.
Cette effervescence académique s’est déclinée à travers douze grands domaines thématiques majeurs, incluant l’évaluation des incitations fiscales accordées aux investisseurs, l’interprétation judiciaire, mais aussi des sujets d’avant-garde comme l’intelligence artificielle et les systèmes de connaissances. L’apport fondamental de ces études est de chiffrer avec exactitude le coût réel des exonérations fiscales, qui s’apparentent trop souvent à un drain de ressources, et de mesurer scientifiquement le manque à gagner lié aux failles de la TVA.

La professeure Oguttu a fermement attiré l’attention de la salle sur l’importance de s’assurer que ces découvertes scientifiques ne restent pas lettre morte mais atteignent directement les commissaires généraux, les ministres des finances et les négociateurs internationaux afin d’être immédiatement traduites en réformes concrètes.
L’avenir de la souveraineté financière du continent dépendra de sa capacité à façonner un agenda scientifique calqué sur ses propres priorités et sur la réalité de son immense secteur informel. Durant les trois jours de travaux, ce grand rendez-vous a ainsi offert un espace stratégique pour propulser cette nouvelle génération de chercheurs africains par le mentorat, tout en indexant des revues de référence dans des bases de données mondiales de premier plan. En reliant de manière organique la science de terrain aux décisions politiques, l’Afrique est en train de prouver que ses administrations ne se contentent plus de collecter l’impôt, mais qu’elles inventent la fiscalité moderne du continent, a-t-elle martelé pour résumer cette mutation intellectuelle.
Derrière cette spectaculaire montée en puissance de l’intelligence fiscale africaine se cache le travail de l’ombre du Forum des administrations fiscales africaines (ATAF). En portant à bout de bras l’ATRN, l’ATAF ne se contente pas de financer des colloques, mais structure un véritable écosystème de souveraineté intellectuelle à travers le continent. En fournissant les ressources, en connectant les universités aux administrations et en traduisant les papiers de recherche en manuels de contrôle technique, l’organisation panafricaine est en train de réussir son pari, celui de transformer chaque chercheur africain en un soldat de la mobilisation des ressources domestiques.

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